
Les gens me demandent souvent comment ma clinique, Clinique Medic Elle, a vu le jour, s’attendant à entendre une histoire de plans d’affaires ou de tableaux d’inspiration. La vérité est plus simple, plus humaine. Elle a commencé par la peur, l’intuition, et le plus petit acte d’autoprotection un geste discret qui a grandi bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer. Il me semble juste de la raconter aujourd’hui, en l’honneur du Mois de la sensibilisation au cancer du sein.
Le début de ma clinique remonte à un seul moment, dans le bureau d’un médecin, un de ces instants qui viennent doucement bouleverser votre sentiment de sécurité. Lors d’un examen annuel de routine, mon médecin a senti une masse dans mon sein. Depuis le diagnostic du cancer du sein de ma mère, j’étais restée vigilante, gardant mes rendez-vous annuels avec la même régularité que certains gardent la prière par foi, et par peur.
Il m’a dit que c’était probablement un simple kyste, ce mot familier que les médecins utilisent pour adoucir l’incertitude. Mais l’intuition peut être bruyante quand quelque chose ne va pas. La peur a commencé à monter, silencieuse mais incontestable, une marée à laquelle on ne peut pas échapper par la raison.
Avant de me rendre à Clarke Radiology pour l’échographie, je me suis arrêtée prendre un café. C’était mon rituel lorsque l’anxiété prenait le dessus. Mon café était mon courage liquide, un petit réconfort qui me rappelait que la vie pouvait encore sembler normale. Tenir cette tasse chaude me donnait un point d’ancrage, même si le sol semblait déjà se dérober sous mes pieds.
Clarke Radiology était tout le contraire du réconfort. La salle d’attente était stérile et impersonnelle, plus soucieuse des procédures que des personnes. La réceptionniste a regardé ma tasse avec suspicion et m’a dit que le café n’était pas permis, car il risquait de jaunir le coulis entre les carreaux. Je me souviens avoir trouvé étrange que, dans un lieu consacré au diagnostic et à la guérison, le coulis semble plus important que la personne qui tient la tasse.
Quand j’ai enfin vu le médecin, je tremblais encore. Il a remarqué les larmes sur mes joues et m’a regardée avec un mélange de confusion et d’impatience, comme si la peur était un comportement à corriger plutôt qu’une réaction humaine. Son détachement m’a blessée. Ce n’était pas de la cruauté, mais une absence, une absence qui m’a fait prendre conscience de tout ce que la médecine avait perdu en compassion.
Tout allait bien, mais cette expérience m’a hantée. De ce malaise est née la première étincelle de ce qui deviendrait ma clinique.
Et si le soin pouvait être différent ? Et si une clinique pouvait être construite autour de la chaleur plutôt que de murs, un endroit où personne ne se sentirait ridicule d’avoir peur, ou d’avoir besoin d’un moment avec son café avant d’affronter ce qui vient ?
C’est ainsi que ma clinique est née. Non pas d’une ambition ou d’une stratégie, mais d’un petit acte de défi, un refus de laisser le soin devenir froid. Par peur, oui, mais aussi par une profonde conviction : celle que la guérison devrait toujours rester humaine.
Cette conviction est devenue la fondation de Clinique Medic Elle, un lieu où la compassion est aussi essentielle que la médecine, et où les gens compteront toujours plus que le coulis.